Source Alexandre Terrini

Le 21 septembre, la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) présentait l’ATLAS francilien du recensement des équipements sportifs 2017, réalisé avec l’appui de l’Institut régional de développement du sport (IRDS).

L’ATLAS est téléchargeable sur ce lien : http://ile-de-france.drjscs.gouv.fr/sites/pdf

En lien avec la DRJSCS, Claire Peuvergne, Directrice de l’IRDS, se livre à un état des lieux avant de formuler quelques recommandations pour optimiser la situation : « Il faut innover dans la programmation des équipements sportifs ».

Quel constat faites-vous en matière de recensement des équipements sportifs ?

En Île-de-France, c’est un constat de carence quand on regarde le ratio du nombre d’équipements par rapport à la population totale. Pour toute métropole de niveau européen, compte tenu de la construction de logements et de la quantité de population, notamment celle de passage comme les étudiants ou les salariés qui voudraient pratiquer un sport entre midi et deux, il est très difficile de faire coïncider taux de population et équipements sportifs. Pourtant, il y a une volonté politique mais les financements ne suivent pas. Ce constat ne vaut d’ailleurs pas que pour le sport quand bien même existe-t-il des obligations en la matière. On ne peut pas, par exemple, ne pas assurer la scolarité des jeunes. Si bien que dans une opération d’emménagement, on fait d’abord ce qu’il faut pour qu’il y ait le nombre de classes nécessaire et encore… Heureusement, le fait que le sport soit une obligation au niveau scolaire me fait dire qu’il est relativement bien servi comparé à des équipements culturels.

A cet égard la nouvelle donne en matière de finances publiques locales, l’État allant de moins en moins alimenter le budget des collectivités, est-elle un péril pour la rénovation et la construction d’équipements sportifs ?

Pour l’instant, on n’y voit pas suffisamment clair pour mesurer l’impact d’une telle redistribution fiscale ni la capacité financière qu’auront les communes. Il faut que les intercommunalités s’emparent de la compétence sport. Mais il y a une problématique qui, là encore, dépasse la question des équipements sportifs, en l’occurrence, celle de l’état des financements publics par les collectivités. Jusqu’à quel point, compte tenu des restrictions et des efforts budgétaires auxquels elles sont astreintes, vont-elles pouvoir continuer à mette la main à la poche ?

Que préconisez-vous pour faire mieux avec moins ?

Il faut innover dans la programmation des équipements sportifs et ne pas faire la même chose selon l’environnement géographique dans lequel on se trouve. Il faut arrêter de rêver d’équipements standard que l’on implanterait dans toute la région Île-de-France, comme on a pu le faire dans les années soixante-dix. On a, au contraire, besoin de diagnostics très fins et d’une adaptation des équipements. Je pense qu’en milieu urbain dense, il convient d’aller vers des équipements spécialisés dans une, voire deux disciplines afin d’éviter la guerre des créneaux aux mêmes heures. Cela permettrait de faire vivre l’équipement toute la journée, aussi bien dans le cadre de pratiques libres qu’encadrée et scolaires, et de changer le modèle économique des clubs, lesquels pourraient avoir un salarié. Dans les villes à forte population, on ne peut pas caser, dans le même créneau, le hand, le basket, le badminton etc. En revanche, en milieu rural, il y a des exemples très intéressants d’équipement multi-loisirs qui permettent à toute une famille de se déplacer et que chacun pratique son sport dans un même créneau horaire. Enfin, il faut accepter de bâtir des équipements qui ne soient pas systématiquement normés, lesquels conviennent rarement à tout le monde. De même, peut-on réfléchir à des équipements en sous-terrain en milieu dense.

Le poids des chiffres

L’ATLAS francilien du recensement des équipements sportifs 2017 contient des données riches d’enseignements. En voici quelques-unes.

  • L’Île-de-France abrite 27 366 équipements sportifs, hors sports de nature, répartis dans 8 607 installations sportives et implantés dans 1 141 communes, soit 89,3 % des communes franciliennes.
  • 83,3 % des équipements sportifs franciliens ont un propriétaire public, dont 95,4 % appartiennent à̀ une collectivité́ territoriale (86,8 % à une commune, 4,3 % à un Établissement public de coopération intercommunale – EPCI et 8,9 % à un département ou à la Région). 28,2 % des équipements sportifs sont gérés par une structure privée.
  • Plus de la moitié des équipements sportifs franciliens (53 %) ont été mis en service ou rénovés depuis 1995 (dont 26 % depuis 2005). Un quart des équipements sportifs de Paris et des Hauts-de-Seine l’ont été avant 1975. Ce taux est proche des 10 % pour les départements de la grande couronne.
  • L’Île-de-France se classe au cinquième rang des régions métropolitaines pour ce qui est du nombre d’équipements sportifs. En revanche, elle est bonne dernière quand on rapporte ce chiffre à la population totale avec, à la clef, un ratio de 22,8 pour 10 000 habitants, sachant que celui de la France métropolitaine est de 41,3. Plus largement, on constate, au niveau régional, que plus le nombre d’habitants d’une commune est élevé, plus le taux d’équipements sportifs pour 10 000 habitants est faible.
  • Les intercommunalités, elles, sont à la croisée des chemins. « Aujourd’hui, la recomposition d’un grand nombre d’intercommunalités (fusion, ajouts/ retraits de communes, etc.), du fait des nouveaux Schémas départementaux de coopération intercommunale (SDCI), et la création des établissements publics territoriaux dans la métropole du Grand Paris conduisent l’ensemble des territoires à se réinterroger sur leurs compétences exercées (en matière de sport) et leur mise en œuvre », écrit l’IRDS dans son rapport. Sachant que toutes ne se trouvent pas dans la même configuration. « Il y a les intercommunalités de la zone dense, où les équipements sportifs et les activités sportives sont nombreux et variés mais parfois en quantité́ insuffisante par rapport aux fortes densités de population. A l’inverse, dans certaines intercommunalités de la grande couronne, le nombre d’équipements et d’activités proposés y sont faibles avec des temps de parcours plus importants pour y accéder », résume l’IRDS. Et de suggérer que « ces cartes pourraient se calquer sur la carte de réseau de transport francilien et le développement de l’urbanisation le long des lignes ferroviaires ».

Evelyne Ciriegi : « Cet ATLAS est un outil de travail exceptionnel »

Rentrée de Lima où elle a assisté, en tant que membre de la délégation française, à la désignation officielle de Paris comme ville hôte des Jeux de 2024, la Présidente du CROSIF a mis en perspective, à l’aune de cet événement majeur, la publication de l’ATLAS francilien du recensement des équipements sportifs 2017.

« Actuellement, il faut féliciter les clubs pour leur travail formidable, aussi bien en ce qui concerne le haut niveau que le sport pour tous, le sport-santé et le sport dans sa dimension sociale. Le problème, c’est qu’ils ne peuvent plus accueillir de nouveaux pratiquants faute de créneaux et d’équipements suffisants. Dans cette optique, cet ATLAS est un outil de travail exceptionnel qu’il va falloir diffuser au maximum. Il prend toute son importance car l’Île-de-France est la dernière région française en termes de nombre d’équipements rapporté à la population. Nous sommes donc en-dessous de la moyenne nationale. J’adresse un grand merci à tous ceux qui font vivre les équipements et le sport dans leur ligue, leur comité ou leur club. Tous ensemble, nous allons avoir la possibilité de montrer que l’Île-de-France sera à la hauteur de ce que l’on attend. A cet égard, les équipements seront aussi une source de promotion du sport. »

L’espoir caressé par Evelyne Ciriegi est que l’obtention des Jeux pour 2024 engendre le développement des équipements de proximité permettant à tous les franciliens de profiter de cette magnifique aventure pour s’approprier le sport comme outil de « mieux vivre ».