Source Alexandre Terrini

Ce lundi 29 janvier, Madame la Ministre des Sports Laura Flessel a présenté ses vœux 2018 dans le cadre majestueux du Grand Palais à Paris, insistant sur l’impact vertueux de l’effort physique pour l’ensemble du pays, qu’il s’agisse du haut niveau ou de la pratique pour tous.

« Nous sommes les héritiers d’une longue histoire (…) qui oscille entre la sublimation d’un sport d’élite et la promotion d’un sport démocratique. Entre le culte de la performance et celui de l’hygiène. » Entre les deux, la ministre n’entend pas choisir mais, au contraire, miser sur la complémentarité de ces voies à suivre. Avec, à la clef, une politisation du sport dans le sens le plus noble du terme : « Ce qui vaut pour la société en général, vaut pour le sport. C’est donc dans cette dynamique collective que je m’inscris. Nous allons prolonger la révolution sociale et politique que vous avez engagée par le sport. Avec nous, tous ceux qui, par-delà les clivages politiques, ont à cœur de faire du sport un vecteur de progrès. » Pour cela, Laura Flessel entend faire reposer son action sur quatre axes.

Une France qui rayonne 

Briller de mille feux, c’est, pêle-mêle, « accueillir les plus grands événements sportifs internationaux », miser sur « le rôle du sport dans l’attractivité de notre pays », « promouvoir le savoir-faire des entreprises de la filière sport à l’étranger », « faciliter les échanges d’expériences et la circulation des sportifs » et enfin, défendre le français, langue olympique.

Rayonner, c’est aussi et surtout se distinguer « par les résultats de ses champions ». Et, en la matière, il importe, pour Laura Flessel, de passer un cap : « Il semble que nous ayons atteint un seuil dans ce domaine et, sans une intervention déterminée, d’autres nations en dynamique relègueront la France. La haute performance est un écosystème. Il repose sur un subtil équilibre de risque et de sérénité et implique une myriade d’acteurs. C’est pour imaginer un nouvel écosystème de la haute performance que j’ai confié à Claude Onesta une mission. J’en partage le diagnostic lucide. »

La traduction concrète en sera « une nouvelle organisation de la haute performance », baptisée « Performance 2024 », laquelle sera « le résultat d’une refonte profonde et collective de l’existant ». « Cette organisation sera collégiale et co-construite avec Denis Masseglia (Président du Comité national olympique et sportif français – CNOSF, N.D.L.R.) et Emmanuelle Assmann (Présidente du Comité paralympique et sportif français), a précisé Laura Flessel. Nous avons tous convenu que Claude Onesta était la bonne personne pour en prendre la responsabilité. » Sa tâche ? « Répondre à cette question inédite et enthousiasmante : comment gagner les Jeux en France ? »

Une France intègre 

La ministre entend que la France « soit à l’initiative pour un sport mieux régulé et plus éthique ». Parce que « l’image que véhicule le sport doit être irréprochable », « nous mènerons, dans nos frontières comme à l’extérieur, une action volontariste concernant le dopage, les paris sportifs, le fair-play financier », a-t-elle averti. Outre « l’organisation de grands événements (qui) doit répondre à des normes fiscales, environnementales, sociales qui vont dans le sens de la durabilité », Paris entend être proactif sur le sujet et mobiliser ses voisins européens. Par ailleurs, « les contrôles externes sur les fédérations, les ligues et les clubs seront, le cas échéant, renforcés ». Enfin, aux grandes causes, les grands moyens : le Conseil d’État sera très probablement appelé à la rescousse pour mettre sur pied « un nouvel outil, un superviseur du sport ».

Une France qui bouge 

« Mettre la France en mouvement et insuffler une véritable culture du sport dans notre pays » : tel est le leitmotiv du ministère des Sports. Lequel « a longtemps été le Ministère des fédérations sportives. J’aimerais qu’il devienne le ministère de l’Activité physique et sportive sous toutes ses formes », a souhaité Laura Flessel. Quitte, pour cela, à « promouvoir le sport comme vecteur de bien-être, de développement personnel, d’inclusion sociale ». Ce qui implique d’être plus que jamais dans l’ère du temps : « Prenons en compte les évolutions sociologiques pour adapter l’offre sportive aux modes de vie de nos concitoyens. Nous devons investir les nouvelles pratiques, être à l’écoute de l’innovation sociale partout sur le territoire. Je me lancerai, cette année, dans un Tour de France de l’innovation sociale dans le sport, pour récompenser ces acteurs, et encourager la diffusion des bonnes idées. »

Sans compter tout un ensemble de dispositifs et de mesures à la solde de cette visée nationale : le label Génération 2024 qui récompensera des établissements scolaires qui mettront leurs équipements à disposition de clubs sportifs pour maximiser la pratique et favoriser des activités mixtes valides/handi ; la gratuité de l’inscription à des activités sportives universitaires dès la prochaine rentrée ; l’extension du pass culture vers un pass sport-culture ; enfin, la reconnaissance des bénévoles et des modalités d’accès des clubs à une ressource humaine qualifiée.

Plus vite, plus haut, plus fort. Certes mais encore faut-il que cela soit possible partout. Or, « il existe aussi des zones blanches du sport », a déploré Laura Flessel. En effet, parmi les quartiers prioritaires de la ville, un quart ne dispose d’aucun équipement sportif. Il est donc urgent de « lutter contre les assignations à résidence ». Afin de donner corps à « une offre minimale d’équipements sportifs » et à « un accompagnement de qualité », le Gouvernement a opté pour « une réorientation profonde des missions et des crédits du Centre national pour le développement du sport (CNDS) ». Il s’agira de « cesser le saupoudrage d’argent public tant du point de vue des territoires que des acteurs ou encore, des thèmes d’intervention » et de « faire porter les efforts principalement sur les quartiers carencés, la pratique des personnes handicapées et la féminisation ». En somme, plus de la moitié du budget du CNDS sera affecté aux territoires carencés.

Une France en pleine forme

Là, l’objectif est tout aussi clair : « développer le sport, notamment en direction des publics qui en sont le plus éloignés » et tirer parti de ses vertus thérapeutiques, qu’il s’agisse de guérison ou de prévention. A cette fin, cinq-cents maisons de Sport-santé-bien-être devraient voir le jour sur l’ensemble du territoire. Elles « permettront d’initier une découverte du sport pour des personnes obèses, diabétiques, souffrant de troubles musculo-squelettiques ou, tout simplement, pour tous ceux qui ne sont pas des sportifs aguerris » en « offrant des parcours personnalisés », a insisté Laura Flessel. Et d’affirmer que ce projet s’inscrira dans l’élaboration collective d’une « stratégie sport santé ».

Le CNOSF plus que jamais impliqué

En la personne de son Président, Denis Masseglia, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a été explicitement associé à la déclinaison des ambitions ministérielles. « Bien sûr, cette histoire du sport, elle est l’histoire du mouvement sportif, a insisté Laura Flessel. Puissance publique et mouvement sportif ont besoin l’un de l’autre. C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui et ce sera vrai demain. Je veux adresser un salut particulier à Denis Masseglia. Cher Denis, nous nous connaissons depuis un moment… Nous connaissons nos tempéraments, bien trempés. Nos failles, nos forces. Denis, nos destins sont liés. Nous réussirons une transformation historique du modèle sportif français ou nous resterons enfermés dans le statu quo. Dans un cas comme dans l’autre, ce sera ensemble. Je crois que nous avons l’un et l’autre trop d’ambition pour le sport pour accepter d’échouer. Tu es un gagnant, je suis une gagnante : il ne tient qu’à nous. »

L’handisport ne sera pas, bien sûr, le parent pauvre de la politique sportive voulue par le Gouvernement. Et la ministre de saluer le Comité paralympique et sportif français, « un nouveau-né (…) à l’échelle de l’histoire du sport français » présidé par Emmanuelle Assmann. « Je suis votre alliée. La cause est juste, elle est impérieuse. Elle mérite donc que l’on y consacre de l’énergie », a assuré Laura Flessel.