Campagne présidentielle
Le Pen – Macron, deux visions du sport

Source Alexandre Terrini, journaliste du CROSIF
L’ordre de présentation se fait par ordre alphabétique

A la veille du second tour de l’élection présidentielle, les deux finalistes ont une approche du sport divergente. La candidate du Front National privilégie la dimension politique et patriotique quand le leader d’En Marche ! propose d’en réformer la gouvernance et d’en valoriser l’aspect économique.

En dépit de vertus sociétales que nul ne songe à lui contester, le sport a été l’un des grands absents des débats qui ont alimenté la campagne électorale. Néanmoins, les programmes de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron n’éludent pas le sujet même s’il y occupe une place inégale.

Marine Le Pen entre patriotisme et laïcité

A la droite de la droite, Marine Le Pen, qui aime la voile et l’équitation, parle de sport dans seulement trois de ses cent-quatorze engagements présidentiels. Et le fait forcément sous un angle très franco-français à l’unisson de l’ensemble de ses propositions. Elle entend tout d’abord « assurer le respect de la liberté́ d’association dans les seules limites exigées par l’ordre public et soutenir les petites structures associatives culturelles, sportives, humanitaires, sociales, éducatives etc. qui animent la vie de nos territoires » (engagement n°10).

Plus précisément, la dirigeante du Front National, par ailleurs favorable à ce que Paris soit l’hôte des JO de 2024 à condition que le coût en soit raisonnable, souhaite « créer un contrat sportif de haut niveau d’une durée de trois ans renouvelable permettant aux sportifs amateurs représentant la Nation dans les compétitions internationales de vivre dignement et de se consacrer entièrement à leur discipline » (engagement n°116). Si l’élite est une priorité, la base n’est pas pour autant oubliée. L’engagement n°117 suggère en effet de « soutenir les petits clubs afin de permettre la présence d’un maximum de joueurs français dans les clubs professionnels » et de « lutter contre la financiarisation du sport professionnel ». Autre axe : « renforcer les actions contre la violence dans le sport amateur et imposer le respect strict de la laïcité et de la neutralité dans tous les clubs sportifs ».

Emmanuel Macron veut tout réformer

Supporter de l’Olympique de Marseille, Emmanuel Macron s’adonne au tennis et à la course à pied. Il se montre plus attentif que sa rivale à la cause du sport. Tout d’abord, et c’est là son premier objectif, en plaidant en faveur d’une « pratique sportive accessible à tous (…) notamment ceux qui en sont aujourd’hui les plus éloignés ». C’est là « un enjeu pour la cohésion de notre société, notre santé publique, le rayonnement de notre pays et de notre économie ». Il s’agit d’augmenter le nombre de pratiquants réguliers en France de 10 %, soit 3 millions de nouveaux sportifs. Pour cela, le leader du mouvement En Marche ! envisage de négocier la signature d’un accord national interprofessionnel visant à organiser et à faciliter la pratique du sport dans les entreprises. « Encourager les organisations professionnelles et syndicales à développer des vestiaires pour les salariés, à signer des conventions avec des associations sportives locales, voire à aménager des temps de pratique sportive » : telle est son ambition. De leur côté, les établissements scolaires et les associations sportives locales seront invitées à « se rapprocher pour garantir la continuité et la complémentarité des pratiques sur le temps scolaire et extrascolaire ». Le tout en « favorisant les partenariats pédagogiques pour promouvoir la pratique du sport et sensibiliser les élèves » et en « encourageant les mutualisations d’équipements sportifs ». Et ce, afin que « le sport amateur s’ancre dans le temps scolaire car cela éduque ; on y apprend des règles, une discipline ». Le sport santé n’est pas non plus occulté avec le projet de créer « des maisons du sport santé pour garantir un accompagnement personnalisé de nos compatriotes atteints d’affections lourdes mais aussi désireux de se remettre en forme ». Sans compter la mise en place d’un suivi médicalisé de la pratique du sport. De même, les pouvoirs publics aideront-ils les clubs et les associations sportives à accueillir les personnes en situation de handicap. Ce qui nécessitera d’adapter les formations des métiers du sport pour qu’elles intègrent un module santé et un module lié au handicap. Autres mesures envisagées : rembourser le coût des licences sportives des personnes atteintes d’affection longue durée et qui se sont vu prescrire la pratique d’une activité physique par leur médecin ou encore, développer les expérimentations, en lien avec les CAF, pour créer des garderies de courte durée et ainsi encourager le sport féminin.

Deuxième objectif, revoir l’organisation du sport en France, laquelle « n’est plus adaptée aux enjeux de notre société ». C’est pourquoi, il est nécessaire de « construire une gouvernance plus claire et efficace de nos fédérations sportives » en « donnant davantage d’autonomie aux fédérations sportives, au Comité national olympique (CNOSF) et aux acteurs locaux en recentrant l’action de l’État sur des missions essentielles de coordination, de règlementation et d’évaluation éthique des compétitions (lutte antidopage, transparence sur les flux financiers dans le sport etc.) ». Emmanuel Macron formule également une promesse : rendre le fonctionnement des fédérations plus efficace avec l’élection systématique de leur président par les clubs.

Objectif numéro trois, faire du sport un atout pour l’économie française. C’est pourquoi En Marche ! soutient pleinement la candidature de Paris 2024 mais aussi celle de la France pour accueillir la Coupe du monde rugby en 2023. Ce qui implique « d’améliorer le maillage des équipements sportifs sur l’ensemble du territoire en fixant des objectifs de construction dans le cadre de nouveaux grands projets d’aménagement ». A cette fin, Emmanuel Macron entend rendre obligatoire la réalisation d’équipements sportifs dans les zones nouvelles d’aménagement mais aussi faciliter l’achat de créneaux dans les équipements réalisés par des opérateurs privés.

Le quatrième objectif tend à valoriser le sport professionnel lequel contribue, avec les grands événements sportifs, « à la cohésion nationale et au bien vivre ensemble ». « Nous ferons en sorte que d’ici la fin du quinquennat, l’ensemble des sportifs de haut niveau soient en formation ou en contrat avec une entreprise », assure l’ancien ministre de l’Économie, désireux de faciliter la reconversion des athlètes.

Enfin, le cinquième objectif est d’accompagner les bénévoles et d’adapter la formation. Pour cela, il conviendra de « simplifier les deux services publics de la formation aux métiers du sport qui existent aujourd’hui (la formation délivrée par le ministère des Sports et celles délivrées par l’Éducation nationale, les formations Staps) dans un objectif d’efficacité et de lisibilité des offres de formation ». Autre impératif : mettre en œuvre un plan de valorisation du bénévolat avec, à la clef, le renforcement de la protection des bénévoles en matière de responsabilité personnelle et le renforcement du mécénat de compétence.