Source : Alexandre Terrini

Stades, gymnases, piscines… : la région francilienne est l’une des plus mal loties de l’Hexagone. Une carence qui entrave, à coup sûr, l’essor de la pratique sportive pour tous. Alors que les clubs participaient, samedi 9 septembre, au forum des associations sportives, la plupart affichaient déjà complet ou presque. Par manque de place et de créneaux horaires.

« L’Île-de-France est en déficit pour ce qui est des équipements sportifs. En outre, beaucoup d’entre eux sont vieillissants, voire plus aux normes. » Le constat de Pierre Grégoire, Secrétaire général de l’Association Nationale Des Elus en charge du Sport et 1er adjoint au Maire d’Ézanville en charge des sports, fait, hélas, l’unanimité et est corroboré par les chiffres.

Comment en est-on arrivé là dans la première région de France sur le plan démographique et économique ? Les explications sont multifactorielles. Elles tiennent d’abord à l’implantation de la population. Les très fortes densités enregistrées dans la petite couronne ont un double effet : d’abord, la rareté des terrains disponibles ; ensuite, un coût du foncier très élevé qui incite les collectivités à privilégier leur affectation à l’édification de logements et d’établissements scolaires. Inversement, dans les zones à faible densité populationnelle, la tendance est de considérer que le vivier restreint de pratiquants potentiels ne justifie pas de mobiliser des fonds pour bâtir des structures sportives. Enfin, certaines villes, nouvelles ou pas, ont connu un essor démultiplié qui les a forcées à parer au plus pressé avec les moyens du bord, les stades et autres salles dévolues à l’activité physique ne figurant pas parmi leurs priorités budgétaires.

Les villes supportent l’essentiel des coûts

Par ailleurs, rappelle Pierre Grégoire, la loi de Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) du 27 janvier 2014 ainsi que la loi portant Nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) du 7 août 2015 « ne font pas entrer le sport dans le champ des compétences transférées aux conseils départementaux, lesquels privilégient donc de fait d’autre domaines comme la culture. Si bien que ce sont souvent les villes qui supportent l’essentiel des coûts générés par les installations sportives. Or, dans le contexte actuel de baisse des dotations de l’État, elles sont de plus en plus frileuses en la matière tout comme les intercommunalités qui se contentent souvent de ne prendre en charge que le gardiennage et l’entretien. » Parfois, elles préfèrent même déléguer l’exploitation des lieux à un partenaire privé qui sera enclin à prioriser la rentabilité au dépend du strict aspect sportif, par exemple en restreignant les créneaux horaires octroyés aux clubs.

En outre, à l’heure où les finances publiques sont de plus en plus contraintes, les projets sont trop souvent minimalistes. « Comme cela vaut tellement cher, explique Pierre Grégoire, on se contente de construire des gymnases qui sont aux normes mais qui ne comportent pas de petites salles annexes pour les arts martiaux, la boxe, la gymnastique etc. Pour ce qui est des piscines et des patinoires, leur coût est si élevé en termes de construction et d’entretien que ce sont en général des structures qui ne sont pas rentables. » Et qui ne figurent donc pas, aux yeux des pouvoirs publics, parmi les bâtiments à faire sortir de terre à tout prix. Enfin, l’élargissement de l’offre de pratiques oblige les uns et les autres à se serrer les coudes et à cohabiter, le nombre accru de disciplines proposées aux administrés restreignant d’autant le temps hebdomadaire durant lequel chacune d’elles peut profiter des installations. Boxe anglaise et boxe pieds-poings en savent notamment quelque chose

Autre élément que rappelle Pierre Grégoire, pendant un temps, « le Centre national pour le développement du sport (CNDS) a quelque peu diminué ses subventions destinées à construire des équipements sportifs et les a réorientées sur les embauches dans les clubs afin de diminuer le chômage ». Ce qui peut se comprendre, l’encadrement des licenciés étant tout autant une nécessité impérieuse.

Se montrer innovant

Toujours est-il que cette pénurie limite de plus en plus l’augmentation du nombre de licenciés au sein des ligues. « Les clubs franciliens de Handball refusent du monde, déplore Dominique Verdon, Conseiller technique régional. Et c’est la pratique féminine qui en pâtit le plus car ce sont les garçons qui s’inscrivent le plus spontanément dans un club. Et quand les filles arrivent, on les fait jouer là où l’on peut. S’il y avait plus d’installations, on aurait la possibilité de mettre davantage de pratiquantes en action. Il faut savoir que dans un gymnase de type 40×20 mètres, on ne peut faire jouer au maximum, à l’entraînement, que vingt personnes en même temps, voire un peu plus quand il s’agit des petits. »

C’est pourquoi, il convient de se montrer innovant. Dominique Verdon suggère, entre autres, d’exploiter systématiquement tout l’éventail des créneaux horaires, en particulier matinaux, de mutualiser les structures entre communes tout en respectant le principe de proximité ou encore, de se projeter hors les murs en promouvant le Beach Handball durant la période estivale. « Si on reste dans les gymnases traditionnels, on aura du mal à se développer », prévient-il.

Avant de formuler un souhait partagé par tous : en l’occurrence que « l’obtention des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 à Paris aide à régler un certain nombre de problèmes en générant un élan dont les ambitions locales pourront se nourrir afin que les gens pratiquent davantage, de manière compétitive et/ou pour leur santé et leur bien-être, et que d’un point de vue éducatif, le sport joue pleinement son rôle. » 

Le chiffre

L’Institut régional pour le développement du sport (IRDS) note, en Île-de-France, une densité d’équipements au kilomètre carré importante dans le cœur des agglomérations mais un faible taux d’équipements par habitant. Ce dernier est en effet de 11 pour 10 000 habitants à Paris, de 14/10 000 en Seine-Saint-Denis, de 18/10 000 dans les Hauts-de-Seine, de 20/10 000 dans le Val-de-Marne et de 29/10 000 dans le Val-d’Oise. Les meilleurs élèves sont la Seine-et-Marne, les Yvelines et l’Essonne avec un ratio de 30/10 000 habitants.

A vos agendas !

« L’Atlas francilien du recensement des équipements sportifs en Île-de-France » est un outil réalisé par la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) d’Île-de-France avec l’appui de l’Institut régional pour le développement du sport (IRDS). Il vise à accompagner l’ensemble des acteurs – État, collectivités locales, mouvement sportif, urbanistes – qui pensent les équipements d’aujourd’hui et de demain, leur intégration spatiale, leurs conditions d’accès et leurs modalités de gestion.

L’édition 2016 fera l’objet d’une présentation le 21 septembre, par la DRJSC. Il sera ensuite disponible à l’utilisation.