Source : Alexandre Terrini

Depuis près de deux décennies, le CROSIF se mobilise en Île-de-France pour promouvoir la pratique sportive auprès des femmes et, plus particulièrement, des jeunes filles. C’est tout le sens de l’opération « Sport en Filles » dont la dernière édition s’est déroulée du 10 au 12 juillet, à la base de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines.

A l’heure où la parité hommes / femmes est de rigueur, on aurait pourtant tort de croire que l’accès au sport est une évidence pour l’ensemble des femmes et notamment des franciliennes. Agir pour démocratiser encore et toujours l’activité physique au profit du plus grand nombre d’entre elles : tel est donc l’objectif de Sports en Filles. Cet événement se décline annuellement en sessions, au rythme des saisons : en hiver, à l’automne et en été. Une action mixte est privilégiée au printemps. L’objectif de « Sport en Filles » est de permettre à des adolescentes de découvrir et de s’initier gratuitement et successivement à une multitude de disciplines olympiques et sportives, aussi bien dans leur dimension réglementaire que gestuelle et technique.

Faire œuvre de pédagogie tous azimuts

Les ateliers sont dirigés par des cadres titulaires du Brevet d’État issus de Ligues ou Comités franciliens et pris en charge, financièrement, par le CROSIF. La notion de compétition est délibérément absente, au profit du plaisir et du partage. Cette découverte peut générer des vocations et inciter les jeunes filles à prolonger l’aventure en s’inscrivant ensuite dans un club ou à l’association sportive de leur établissement scolaire en prenant une licence, voire même, en envisageant un métier dans le sport. Mais ce n’est pas tout car il s’agit de faire œuvre de pédagogie tous azimuts. C’est pourquoi, outre le sport stricto sensu, des notions de secourisme, un atelier sur la citoyenneté et les institutions de la République ou encore une initiation à la santé sont également proposés. Ces notions pouvant être assurées par les CDOS franciliens ou le CROSIF.

Pour recruter les participantes, le CROSIF envoie un courriel à plusieurs centaines de municipalités de la région, en particulier celles où l’urgence sociale est la plus prégnante. Le courriel leur présente l’événement, sa philosophie et son programme. Celles-ci le répercutent ensuite à leurs associations, à charge, pour ces dernières, de contacter le CROSIF si elles le souhaitent et de lui adresser le nombre d’adolescentes intéressées. Ces associations ne sont pas des clubs sportifs mais des structures à vocation sociale qui s’investissent sur le terrain en faveur du vivre ensemble, tels les Maisons de Quartier ou de Jeunesse. Si bien que leurs adhérentes sont pour la plupart néophytes et peu coutumières des stades et autres gymnases. Il est également possible qu’une association, qui aurait eu connaissance de l’existence de « Sport en Filles », prenne l’initiative de solliciter le CROSIF pour inscrire des adolescentes.

« Le poids des traditions et du conservatisme peut être très important »

On l’aura compris, ce dispositif s’adresse prioritairement aux jeunes filles dans leur très grande majorité issues des quartiers défavorisés d’Île-de-France. « Elles peuvent ainsi s’adonner à un sport sans avoir à subir les regards des garçons, explique Yanik Chevalier, Vice-Présidente du CROSIF déléguée aux Femmes, aux Jeunes et Sports et au Sport en Milieu Rural. En Île-de-France, l’accès au sport, pour les filles, est en effet très loin d’être uniforme. Le poids des traditions et du conservatisme peut être très important. Il n’est, par exemple, pas rare qu’elles n’aient pas le droit de porter certaines tenues ou de pratiquer avec des garçons. Cependant, dans l’ensemble, la tendance est à une légère amélioration. » Toutes les zones de vie, qu’elles soient urbaines ou rurales, sont concernées par ce programme où les problématiques sont certes différentes mais où l’ambition est d’accueillir un public en quête de repères, notamment lorsqu’il s’agit d’apprendre à respecter la règle, quelle qu’elle soit. « La perméabilité des jeunes à l’autorité dépend beaucoup de leurs éducateurs. C’est très fluctuant », nuance Yanik Chevalier.

La tâche est d’envergure et s’inscrit pleinement dans la mission de service public que remplit le CROSIF depuis maintenant plus de vingt ans. L’investissement, avec le fidèle soutien affiché de la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJCS) et du Conseil Régional d’Île-de-France est justifié. Les différentes étapes de « Sport en Filles » s’étalent sur des semaines de deux à quatre jours sur les îles-de-loisirs franciliennes. En moyenne, ce sont une dizaine de groupes de quinze jeunes, âgées de 11 à 16 ans, qui sont conviés par journée. Ce qui donne l’occasion à environ quatre-cents « sportives en herbe » de s’essayer à diverses activités. Le tout sous le parrainage de champions qui, à l’image de la sprinteuse Muriel Hurtis, ont pleinement saisi l’enjeu d’une telle démarche.

La prochaine session aura lieu du 10 au 12 juillet 2017, à l’Île-de-Loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines, avec notamment comme fil rouge de la session, de la lutte afin d’accompagner le championnat du monde de cette discipline qui se déroulera en France, à Paris, du 20 au 26 août 2017.

Et aussi…

« Sports en Filles » n’est pas la seule action spécifique du CROSIF au profit de la féminisation de la pratique sportive. Son pendant, Sport en Mixte, a lieu au printemps, sur le même principe et selon des modalités comparables. Et comme son intitulé l’indique, les filles sont plus que les bienvenues. Elles le sont tout autant lors des vacances estivales, théâtre du Sauv’nage (cette année, du 18 au 20 juillet, à l’Île de loisirs du Port aux Cerises de Draveil) dont la vocation est de leur permettre de profiter des joies des sports aquatiques et nautiques en toute sécurité, associant aussi la découverte de la plongée sous-marine.

Enfin, une fois l’an, les Trophées Femmes en Or sont l’occasion d’honorer celles qui, des années durant, se sont impliquées au service du sport, que ce soit en tant qu’athlète, dirigeante, bénévole ou arbitre. Leur nom est proposé par les Ligues et Comités d’Île-de-France adhérents au CROSIF. Là encore, le chemin est long mais… sur la bonne voie. « Même s’il n’y en a pas encore assez, beaucoup plus de femmes s’investissent comme dirigeantes, arbitres et bien d’autres postes dans le sport, se félicite Yanik Chevalier ».