À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, il est essentiel de s’interroger sur la place des femmes dans le monde du sport. C’est tout l’objet de la commission (féminine) du CROS Île-de-France présidée par Dominique BRET.

Si pratiquer une activité sportive semble aujourd’hui une évidence pour beaucoup, cette légitimité est le fruit d’un long combat. Il faut rappeler que la première Conférence internationale sur les femmes et le sport ne s’est tenue qu’en 1994, preuve du chemin encore récemment parcouru.

Des débuts marqués par l’exclusion

À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, les épreuves féminines sont jugées « inintéressantes, inesthétiques et incorrectes » par le Comité international olympique (CIO), alors dirigé par Pierre de Coubertin. Selon la vision dominante de l’époque, la femme est avant tout destinée à « couronner les vainqueurs », non à concourir.

Pourtant, des initiatives émergent. Dès 1903, la Marche des Midinettes marque les esprits. Dans les années 1910, des clubs féminins voient le jour, comme Fémina Sport ou l’Union Française des Sociétés de Gymnastique Féminine. Ces structures traduisent des visions divergentes : certaines défendent une gymnastique hygiénique et mesurée, d’autres revendiquent une pratique compétitive. Les débats portent aussi sur les tenues, la présence du public ou encore la direction masculine ou féminine des clubs.

Des pionnières issues de milieux privilégiés

À cette époque, les femmes sportives restent des figures atypiques, souvent issues de la bourgeoisie, pratiquant des activités socialement sélectives.

En alpinisme et en montagne, des personnalités comme Fanny Bullock Workman, Annie Smith Peck ou Alexandra David-Néel s’illustrent. Dans d’autres disciplines, on peut citer Emma Maillart en voile, Adrienne Bolland en aviation, ou encore Suzanne Lenglen en tennis durant l’entre-deux-guerres. Plus tard, Micheline Ostermeyer brillera en athlétisme, tout en menant une carrière de pianiste de renom.

Une pratique longtemps cantonnée à l’« utilitaire »

Durant la première moitié du XXᵉ siècle, le discours dominant s’appuie sur des arguments médicaux pour promouvoir une pratique modérée, hygiéniste et esthétique. Certaines disciplines, comme la natation, l’équitation ou la danse, rencontrent peu de résistances à leur féminisation.

En revanche, les sports collectifs de grand terrain, les sports de combat, les disciplines motorisées ou de pleine nature demeurent des bastions masculins.

Quelques dates illustrent ces résistances :

  • Rugby : le premier match féminin en France a lieu en 1966. Face aux réticences de la Fédération Française de Rugby et du ministère des Sports, l’Association Française de Rugby Féminin est fondée en 1970. L’autorisation officielle d’ouvrir des sections féminines n’intervient qu’en 1979 et n’est ratifiée qu’en 1989.

  • Lutte : la structuration de la pratique féminine débute en 1971. Elle est reconnue en 1987 comme un style spécifique, distinct de la lutte libre et gréco-romaine (réservée aux hommes à l’époque). La lutte féminine entre aux Jeux olympiques en 2004, alors que les hommes y participent depuis 1920.

  • Guides de montagne : les premières femmes accèdent à cette profession au début des années 1980 ; elles ne sont encore que quatre au début des années 1990.

Aujourd’hui encore, certaines disciplines comme l’haltérophilie, le lancer du marteau ou le rugby restent perçues comme inappropriées pour les femmes. Les sports où elles sont minoritaires correspondent souvent à ceux qui ont historiquement été les plus hostiles à leur engagement.

Les Jeux olympiques : d’un bastion masculin à la parité

Longtemps, les Jeux olympiques ont symbolisé l’exclusion des femmes. Le Comité international olympique ne s’ouvre aux femmes qu’en 1981.

Le premier marathon olympique féminin a lieu le 5 août 1984 lors des Jeux de Jeux olympiques d’été de 1984 à Los Angeles. La boxe féminine n’est intégrée qu’en 2012, soit un siècle après les hommes. Le saut à ski féminin fait son entrée en 2014, avec 90 ans de décalage.

Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 marquent un tournant historique : ils sont les premiers Jeux paritaires. En comparaison, lors des Jeux olympiques de Paris 1900 — première édition ouverte aux femmes — celles-ci ne représentaient que 2,2 % des participants.

En mars 2025, une nouvelle étape symbolique est franchie avec l’élection de Kirsty Coventry à la présidence du CIO, devenant la première femme à occuper cette fonction. Ce rôle pionnier nous avons la chance d’avoir pu l’expérimenter avec la Présidente actuelle Madame Evelyne Ciriegi, 1ère femme à diriger un CROS en 2013.

Entre égalité et différenciation : un débat toujours actuel

La question du droit des femmes à pratiquer, encadrer et diriger le sport oscille historiquement entre deux positions :

  • la revendication d’une stricte égalité et d’une intégration totale dans toutes les structures existantes ;

  • la construction d’activités adaptées, au sein de structures indépendantes.

Autrement dit, le débat oppose égalitarisme et différentialisme, radicalité et posture plus modérée.

Si les avancées sont indéniables, l’histoire du sport féminin rappelle que les droits acquis ne l’ont jamais été sans lutte. Le 8 mars est ainsi l’occasion de saluer les pionnières, mais aussi de poursuivre la réflexion pour que l’égalité ne soit plus seulement un objectif, mais une réalité durable dans toutes les disciplines sportives.